Notre histoire

Tout a commencé par un constat

Je m’en souviens très bien : un dimanche soir, autour d’une table entre amis, la moitié d’entre nous faisait défiler des profils sur son téléphone. Personne ne souriait. On « matchait », on discutait trois jours, puis plus rien. Et on recommençait. Quelqu’un a dit : « C’est fou, on n’a jamais eu autant de moyens de se rencontrer, et on ne s’est jamais aussi peu rencontrés. » La phrase m’est restée.

Le problème, ce n’était pas les célibataires — il y en a des dizaines de milliers en Suisse romande, des gens formidables. Le problème, c’était l’outil. Les applis transforment la rencontre en catalogue : on juge une photo en une seconde, on compare, on remet à plus tard. Or une rencontre, la vraie, ça ne tient pas dans une photo. C’est une voix, un rire, une façon d’écouter. Ça se passe en face, pas derrière un écran.

Alors j’ai ressorti une vieille idée que tout le monde croyait ringarde : le speed dating. Sauf qu’on allait le faire à notre manière — dans les plus beaux bars de la région, avec des tranches d’âge resserrées pour que chacun rencontre des gens de sa génération, une parité hommes-femmes garantie, et une équipe présente toute la soirée pour que personne ne se sente seul, jamais. Six minutes par rencontre : assez pour savoir si on a envie d’un deuxième verre, pas assez pour s’ennuyer.

La première soirée, je l’ai organisée avec les moyens du bord. Les feuilles de match, imprimées à la maison et découpées aux ciseaux la veille. La playlist, sur mon propre téléphone. J’ai passé la soirée l’estomac noué, persuadé que personne ne viendrait. Vingt personnes sont venues. Et à la fin, en dépouillant les feuilles, on a compté trois matchs. Trois. Je crois que je n’ai pas dormi de la nuit — mais plus à cause de l’excitation que du stress.

On ne swipe pas les gens. On les rencontre.

— Manoah

## Les galères (parce qu’il y en a eu)

Ce serait mentir de dire que tout a roulé. Il y a eu ce bar qui a annulé à 48 heures d’une soirée complète — quarante personnes à recaser, un nouveau lieu trouvé en une journée de coups de fil. Il y a eu le casse-tête de la parité : dix femmes inscrites pour trois hommes, ou l’inverse, et des soirées qu’on a préféré reporter plutôt que de faire déséquilibré. Il y a eu les dimanches entiers à répondre aux e-mails, les remboursements à la main, les doutes.

Deux fois, j’ai failli arrêter. Deux fois, c’est un message qui m’a retenu : un couple qui nous écrivait pour annoncer son emménagement, une participante qui nous remerciait d’avoir « osé y retourner » après un divorce. On ne lâche pas un projet qui produit ça.

## Ce qu’on a appris

De ces galères est né tout ce qui fait 6minutes aujourd’hui : le système d’inscriptions par quotas qui garantit la parité et l’équilibre des âges, les tranches d’âge précises pour que chaque soirée soit homogène, la liste d’attente intelligente qui te prévient dès qu’une place s’ouvre pour ton profil. Rien de tout ça n’était dans le plan de départ. Tout est venu du terrain.

Le chemin parcouru

  1. 2022 — L’idée

    Le déclic un dimanche soir, entre amis fatigués des applis. Premiers croquis du concept et des feuilles à cœurs sur un coin de table.

  2. 2022 — Première soirée

    Un bar de Lausanne, 20 courageux, une organisation au scotch et à l’enthousiasme. Trois matchs dès la première édition.

  3. 2023 — L’année des galères

    Un lieu qui annule à 48 heures, la parité impossible à équilibrer, des dimanches entiers d’e-mails. On a failli arrêter — deux fois.

  4. 2024 — Le système de parité

    Inscriptions par quotas : parité hommes-femmes garantie, tranches d’âge respectées. Les soirées affichent complet en quelques jours.

  5. 2025 — La Suisse romande

    Genève, Lausanne, Fribourg, Neuchâtel… et un reportage à la RTS qui change tout.

  6. 2026 — Aujourd’hui

    Plus de 12’000 célibataires nous ont fait confiance. Et on ne compte plus les couples — enfin si, un peu, ça fait plaisir.

Les fameuses feuilles à cœurs

Nos toutes premières feuilles de speed dating — imprimées à la maison, découpées aux ciseaux, plastifiées au fer à repasser (véridique). Le principe n’a pas changé depuis : à chaque rencontre, tu colories un cœur si le courant passe. Deux cœurs coloriés, c’est un match — et on vous met en contact le lendemain.

On les garde précieusement dans un classeur. Elles nous rappellent d’où on vient, à chaque nouvelle soirée.

Ce que ça donne, des années plus tard

« Une magnifique expérience que je n’oublierai pas, j’ai rencontré tellement de belles personnes et ça m’a fait beaucoup de bien ! »

Participante — Genève

« Je recommande sans hésiter : un bon moment avec des gens qu’on ne connaît pas, sans aucune pression. Super concept de feuilles avec les cœurs à colorier ! »

Participant — Lausanne